Voile Sportive : Qu'est ce qui t'as amené à la voile et à quel âge ?
Fred Le Peutrec : C’est plutôt la mer qui m’a amené à la voile. Je suis allé vers la mer en faisant du bateau en étant gamin. Je suis originaire du Golfe du Morbihan, je passais mes vacances d’été (2 mois ½ à 3 mois) sur l’Ile de Houat. Nous étions encadré par un grand père qui nous accueillait pendant tout l’été dans un village de tente. Ce qui m’a amené à la voile c’est l’envie d’aller sur l’eau car quand on est sur une île comme Houat ce que l’on veut c’est un jour faire le tour de l’Ile, c’est la notion de voyage, de parcours et de pouvoir circuler librement. La voile est le premier moyen quand on est môme de maîtriser les trajets, c’est un espace de liberté qu’il est facile de s’offrir. C’est plus facile de s’offrir un espace de liberté sur l’eau qu’à terre à cet âge là.

Tu es aujourd’hui skipper de l’un des meilleurs trimarans ORMA mais tu navigues depuis longtemps sur plusieurs coques. Tu as réalisé plusieurs PO, finis 6ème aux Jeux Olympiques d’Atlanta et tu as été champion de France de Tornado. Comment décrirais-tu ton parcours ?
Je le décrirai comme une envie très affirmée d’aller découvrir d’autres choses dans la discipline avec une grosse attirance pour les courses au large dès le début puisque mon intérêt c’était de voyager avec le bateau, de parcourir des milles. Les soirs des grandes épreuves quand j’avais 8 - 10 ans et notamment en 1976 à l’époque de Tabarly ce sont des choses auxquels j’étais vachement sensible. J’avais envie de rejoindre ce système là, mais étant à l’époque à Paris je régatais dans ces coins là. Cela m’a permis d’avoir un réseau et de connaître des personnes qui naviguaient donc j’ai commencé à faire du dériveur avec la secrète envie d’être un jour suffisamment bon pour que les skippers des gros bateaux me demande de venir naviguer avec eux. Je pratiquais le dériveur mais je suis passé en cata à l’âge de 15 ans, en Dart précisément. Après dans le monde des petits cata le super bateau c’est le Tornado. J’y suis passé progressivement tout en ayant pas mal de réussite en Dart 18. C’est alors que je me suis lancé dans la Préparation Olympique assez naturellement. Une PO ça dure évidemment 4 ans (entre deux Olympiade) et c’est rare que l’on soit à maturité au bout de 4 ans donc en prépare une deuxième et là on est allé au Jeux et on a terminé sixième. On est reparti sur une troisième à l’issus de laquelle nous n’avons pas été sélectionné pour les Jeux. Au fur et à mesure de ses PO ce que je souhaitais est arrivé, on m’a proposé de naviguer sur des gros bateaux en tant que barreur et tacticien sur les Grands Prix, avec Fuji à l’époque. Les deux se sont organisés de manière concomitante avec pas mal de réussite et on se rend compte à travers les gens que l’on rencontre que le discours prend corps et que la possibilité de naviguer souvent est là.

Le fait d’avoir énormément pratiqué le multicoque est-il un avantage sur tes concurrents qui viennent de filières comme le Figaro ou le dériveur ?
Chacune des deux ont leur avantage. Les Figaristes ayant fait beaucoup de solo, on un avantage lorsque l’on parle de courses en solitaire comme la Route du Rhum ou la Transat Anglaise. Et effet, ils maîtrisent parfaitement l’exercice du solo. De mon côté je connais bien le multicoque, j’ai pu facilement barrer des 60’. Comme ma culture c’est le multicoque je me suis assez facilement adapter aux gros par contre l’exercice du solitaire en lui-même est un truc qui demande un travail spécifique.

Cette année, tu as participé aux entraînements d’hivers de La Trinité sur Mer (Morbihan) sur l’Open 7,50 Gitana. Comment est constitué ton équipage pour ces régates ? Il s’agit de ton équipage du trimaran ou ça te permet de tester de nouveaux équipiers ?
Oui c’est ça t’as pas tort. L’idée c’était de faire ça avec le noyau dur de l’équipe de Gitana XI mais pour des problèmes de calendrier des uns et des autres et aussi parceque certains sont bloqués par la préparation de Gitana XI en ce moment nous n’avons pas pu garder l’équipage complet. Il y a des gens qui sont actuellement avec nous à bord de l’Open qui sont éventuellement des gens avec qui on naviguera peut-être un jour ou l’autre effectivement sur le gros. A bord il y a Frédéric Guilmin qui a fait des préparations Olympique en Laser notamment et en FD et qui peut-être à l’occasion pourrait venir embarquer sur le XI. Il y a également Philippe Neyras qui était mon entraîneur en Tornado avec qui je fais aussi du 18 pieds pour garder la main sur les petits bateaux. On trouve également François Denis qui est N°1 sur l’Open et qui l’est également sur le gros. L’objectif majeur est de rester en activité de régate et de faire des épreuves comme le Spi c'est-à-dire de prendre une dizaine de départs en 4 jours, des bords de près, de la tactique, de la stratégie, etc. Il se trouve qu’en Open en plus il y a énormément d’équipiers ou de skippers qui sont des gens qui pratiquent aussi le circuit ORMA, ce sont aussi nos concurrents.

Pourquoi naviguer sur l’Open 7,50 tout particulièrement ? Parce qu’il y a de la concurrence comme tu viens de le dire ou est ce que le bateau apporte également autre chose ?
Tout d’abord l’Open c’est un bateau sur lequel on prend énormément de plaisir à naviguer, c’est un bateau vachement ludique, qui va vite, qui donne des possibilités de tactique et stratégie qui se rapproche de ce que l’on peut faire d’une certaine manière avec un multicoque. Cela permet une application très directe, ce n’est pas très différent du fonctionnement que l’on a l’habitude de développer pour les gros. En plus Nicolas Groleau qui est quand même l’initiateur et le constructeur de la série est un mec que je connais depuis longtemps car il a lui aussi fait du petit cataraman de sport.

Les rendez-vous du circuit Open 7,50 sont nombreux lors des mois à venir (Spi OF, GP Ecole Navale, national, etc.). Comment gères-tu ton planning ? L’Open va-t-il être inutilisé puisque la saison de tri reprend ou alors sera-t-il tout de même présent aux régates ?
Effectivement l’Open ne fera pas toute la saison. Gitana XI a été remis à l’eau vendredi dernier et nous serons en stage à Port Laf’ dès le mardi après le Spi OF. Ensuite il y aura des stages et des régates lors des prochaines compétitions d’Open donc nous ne serons pas présent des deux côtés. Nous allons nous consacrer au multi et laisser l’Open sur son ber.

Tu fais actuellement le Spi Ouest France Bouygues Telecom dans cette série. On y retrouve de nombreux skippers de très haut niveau tel que Thierry Duprey (skipper de Gitana X), Loïc Peyron, Armel Le Cléac’h, Marc Guillemot, Bruno Troublé, Charles Caudrelier, Yann Guichard, Jean-Pierre Dick, etc. Comment as-tu préparé cette régate ?
Nous avons tout d’abord préparé cette régate par les entraînements d’hivers de La Trinité. Le fait d’avoir continuer à naviguer pendant la trêve est, à mon sens, très important
Après nous avons préparé ce rendez vous comme toutes nos régates. La Baie de Quiberon est un plan d’eau que nous connaissons bien pour y naviguer souvent, quelque soit le support. Mais cela ne nous a pas empêché de regarder courants, météo, etc.

Quel est ton objectif pour cette compétition ?
Comme souvent lors d’une régate, nous sommes là pour gagner. Même si nous savons que cela ne sera pas évident car il y a de la concurrence…

Pour en revenir au circuit ORMA, quels sont tes objectifs pour les prochains mois et prochaines années ?
L’équipe a très bien travaillé cet hiver et le bateau évolue dans le bon sens. Nous devrions progresser dans les compartiments qui nous posaient le plus de difficultés.
L’un des objectifs de la saison est notamment la Transat Jacques Vabre qui partira le 06 novembre et que je réaliserai avec Yann Guichard. Mais nous comptons également nous battre pour la victoire lors des Grand Prix.
L’objectif est de remporter le circuit ORMA, il faudra donc être régulier.

Au niveau long terme voir très long terme, quels sont les types de projets qui t’intéressent ? Coupe de l’America ? Volvo Océan Race ? Vendée Globe ? Trophée Jules Verne ?
Ce qui m’intéresse particulièrement c’est le multicoque. Bien sur la Coupe de l’America fait rêver car se battre de cette manière avec des bateaux comme les leurs est quelque chose de très impressionnant. Mais pour ma part je préfère le multicoque et je compte continuer à naviguer sur ce type de bateau.

Le mot de la fin ?
Que le meilleur gagne !


Merci Fred, l'équipe de VoileSportive.com te souhaite une bonne continuation et pleins de réussite.

Le site du Team Gitana : www.gitana-team.com