VoileSportive.com : Qu'est ce qui t'as amené à la voile ?
Mathieu RICHARD : J’ai commencé avec la voile scolaire sur le lac de Maine à Angers. Mes parents n’ont jamais fait de voile donc c’est avec l’école que j’ai débuté. D’abord avec l’école primaire puis ensuite en école de voile toujours sur le lac de Maine. J’ai été détecté car il y avait un plan de formation pour amener à la compétition au club NDC Angers. J’ai alors commencé la compét’ vers l’âge de 10-11 ans sur le lac de Maine en Optimist.
VS.com : Tu as commencé en dériveur avec l’Optimist puis le 420, séries dans lesquelles t’as eu plusieurs titres de champion de France. T’es ensuite passé au match racing et en Mumm30, pourquoi ne pas avoir continué en dériveur vers l’Olympisme ?
MR : En effet j’ai du faire 6 ans de 420 avec Fabienne Bodineau. A un moment donné la logique c’était soit de continuer en 470 avec l’Olympisme soit de bifurquer vers autre chose comme par exemple le match racing. C’est ensuite tout simplement un concours de circonstances, ça n’était pas possible de continuer avec Fabienne car nous n’avions pas le gabarit et puis je n’avais pas vraiment d’équipier avec qui j’aurais pu continuer en 470. Au contraire, au niveau de l’APCC on m’a proposé de passer au Mumm30 et de commencer un équipage de match racing. Ces projets me plaisaient bien donc ça s’est fait comme ça tout simplement.
VS.com : Le haut-niveau c’est quelque chose de sûrement très enrichissant, qu’est ce que t’en penses et qu’est ce que ça t’a apporté à toi personnellement ?
MR : Oui c’est sûr c’est très intéressant de naviguer à ce niveau là. C’est avant tout pour moi et mon équipe une aventure humaine parce que ça fait très longtemps que je navigue avec la même équipe. Nous avons commencé le Match Race et le Tour de France ensemble sérieusement en 1999 donc on a réussi à construire notre parcours tous ensemble, à progresser ensemble, et au fur et à mesure à gagner des régates, à avoir des bons résultats. C’est avant tout une aventure humaine enrichissante et sur le plan sportif est aussi extrêmement intéressant de naviguer à haut niveau parce que c’est très exigeant, on doit réussir à progresser dans tous les domaines, que ça soit physique, technique bien sûr, tactique stratégie. Tout cela ne se construit pas du jour au lendemain, c’est des années de travail donc c’est très intéressant. Ce qui est top aujourd’hui c’est que l’on navigue sur le circuit mondial de match rac’ donc on participe à des épreuves un petit peu partout dans le monde. Bien sûr c’est intéressant de voyager et c’est super de naviguer sur des épreuves de très haut niveau contre des équipages professionnels de très haut niveau internationaux, c’est vraiment intéressant sur le plan sportif.
VS.com : Justement à propos du circuit mondial tu fais les épreuves mondiales de Match Racing notamment avec le Swedich Match Tour. Il y a un peu plus d’un mois t’as réalisé une excellente régate à l’occasion de la Congressional Cup. Comment êtes-vous arrivé à un tel niveau sans faire partie d’une équipe pour la Coupe ?
MR : Disons que le match rac’ c’est un petit peu ce qui permet de former des gens pour la Coupe de l’America. C’est vrai qu’avec mon équipage on est arrivé à un super niveau en match racing car on est classé dans les 5 premiers au classement mondial, on arrive à faire des perf’ régulièrement, on bat régulièrement des tops équipages de la Coupe. Mais pour le moment il n’y a pas de suite sur un projet Coupe de l’America, disons que nous avons eu quelques propositions, quelques opportunités mais pour le moment on a envie de continuer à progresser tous ensemble car nous ne sommes pas arrivés à notre top niveau en match racing. On a envie de progresser encore techniquement mais également au niveau des résultats, on peut encore faire de bonnes choses. Il ne faut pas être trop pressé pour partir sur la Coupe de l’America et puis sans doute qu’un jour ça se présentera et que ça nous tentera. Pour 2007 à mon avis ça sera peut-être un peu tôt mais pourquoi pas la suivante.
VS.com : Dean Barker le skipper du TNZ, a déclaré avoir été « très impressionné par leur façon de naviguer » en parlant de ton équipage. Quels sont les échanges avec des skippers lors des épreuves de Match Racing ?
MR : On ne peut pas dire que l’on ait des relations très amicales, disons que l’on ne devient pas pote avec eux. Par contre c’est vrai que le type de déclarations comme celle de Dean Barker ou des gars comme Russel Coutts que l’on rencontre de temps en temps et qui vient nous féliciter à terre après un bon match c’est évident très flatteur et ça fait très très plaisir d’avoir une petite reconnaissance sportive de la part de gens qui sont des modèles pour nous. Cela est vraiment très agréable et ça prouve qu’ils sont vraiment sympa car ils savent que ça nous fait plaisir de nous dire ça.
Les relations se limitent à cela, ils nous félicitent quand on navigue bien et évidemment c’est vachement agréable.
VS.com : Tu l’as évoqué tout à l’heure, malgré tes excellents résultats tu n’as pas intégré d’équipe. Est-ce que tu préférerais être sparring-partner pour la Coupe de 2007 ou alors tu préfères attendre l’édition de 2012 pour avoir un poste de barreur ?
MR : L’idéal serait d’intégrer un projet avec mon équipe dans lequel nous serions effectivement sparring-partner pour commencer doucement voir un petit projet avec des ambitions sportives pas trop élevées pour voir comment ça se passe. Nous avions une bonne opportunité avec Loïc Peyron et Bertrand Pacé qui voulaient monter Team France l’année dernière et si ce projet avait abouti nous aurions été intégrés à l’équipe mais malheureusement ça ne s’est pas fait. Maintenant pour la Coupe de 2007 il pourrait y avoir des possibilités avec Le Défi puisque ça va être un projet assez limité sur le plan sportif pour l’édition de 2007 donc pourquoi pas un projet de ce type la pour essayer de prendre un peu d’expérience sur la Coupe.
VS.com : Comme depuis 1998, tu navigues également en Mumm 30. Après avoir largement dominé la saison dernière, les résultats de cette année sont moins bons. Comment expliques-tu cela ? Le niveau Français a-t-il beaucoup augmenté avec le championnat du monde de la série à La Trinité ?
MR : Le niveau Français est évidemment d’un très bon niveau mais je ne pense pas qu’il ait beaucoup augmenté. C’est plutôt de notre côté où nous avons changé quelques petites choses. Premièrement, nous avons changé de voilerie donc nous avons de nouvelles voiles à travailler, à découvrir, cela se fait progressivement. La deuxième chose c’est que l’on a fait tourner pas mal l’équipage puisque nous avons également intégré de nouveaux équipiers en vue du Tour de France mais aussi en vue du Mondial car sur cette dernière épreuve nous ne pouvons pas avoir toute l’équipe du match rac’ à bord.
Ca s’explique donc de cette manière. Les résultats sont bons on fait troisième, quatrième, cinquième des places d’honneur mais c’est vrai que l’on a pas gagné d’épreuves. L’objectif est avant tout le Tour de France en juillet et je reste confiant.
VS.com : Tu viens de l’évoquer, le championnat du monde se déroule actuellement à la Trinité sur mer. Bouygues Telecom, le bateau sur lequel tu navigues, est dans les favoris. Quels sont, d’après toi, vos principaux concurrents ?
MR : Je ne sais pas si on fait partie des favoris ; pas des favoris pour la gagne en tout cas. Je pense que l’on fait partie des outsiders. Les concurrents c’est avant tout les équipages étrangers qui ont l’habitude de ce type d’épreuves puisque nous c’est notre premier championnat du monde en Mumm30. On va découvrir sur l’eau mais a priori les Australiens ont l’air très fort quand on regarde leur palmarès, il y a Mean Machine qui a un très gros potentiel vitesse et puis quelques autres. Pour nous on va bien voir, on va essayer de tirer notre épingle du jeu et je pense qu’il y a peut-être un coup à jouer on verra un petit peu comment ça va se passer.
VS.com : Comment gères tu ta saison qui est partagée entre le Mumm et le match racing ? Comment définis tu tes objectifs ?
MR : Au niveau du Mumm il y a un seul objectif fondamental pour la saison c’est le Tour de France à la Voile, cela bloque évidemment le mois de juillet. Le reste de la saison c’est le match racing qui prévaut donc la saison est organisée principalement autour des épreuves de match race. S’il reste un petit peu de temps libre on fait quelques épreuves de Mumm30, moi j’ai fait le Spi Ouest France et donc en ce moment je fais le mondial. Pendant la saison c’est donc le match race la priorité sauf le mois de juillet ou évidemment c’est le Tour qui est le gros objectif de la saison en Mumm.
VS.com : Le mot de la fin ?
MR : Ça se passe très bien depuis quelques années, c’est vraiment génial de pouvoir naviguer sur différents supports puisqu’il y a le match racing, le Mumm30 et je fais également un petit peu de multicoque sur Banque Populaire.
J’ai vraiment la chance de pouvoir vivre ma passion donc c’est super !
Merci Mathieu, l’équipe de VoileSportive.com te souhaite un bon championnat du monde et plein de réussite dans tes futurs projets.
Note de la rédaction : « l’outsider » a décroché la victoire. Bouygues Telecom a effectivement gagné le championnat du monde Mumm30. Un grand bravo à Mathieu et à toute l’équipe.



Mathurin