Avant toute chose, l'ensemble de l'équipe de VoileSportive se joint à moi pour te féliciter pour cette superbe victoire acquise aux antipodes !

Te voila donc championne du monde après une superbe régate à Takapuna Beach en Nouvelle-Zélande. Comment analyses-tu ta régate ?

Le titre c’est la cerise sur le gâteau et la récompense de n’avoir rien lâcher, même sur les manches les plus difficiles. Ce championnat fut long, intense en pression, avec tous types de conditions et pas forcément les plus faciles, alors je suis vraiment super heureuse ! J’ai réussi tout au long du championnat à rester sur le podium à des places différentes tous les jours mais j’y suis restée, et le dernier jour, c’est moi qui ai été la plus forte ! J’ai été aussi très polyvalente, c’est à dire devant dans tous les temps...et ça c’est une force !

Dans quel état d’esprit étais-tu jeudi matin avant de partir sur l’eau ? Pensais-tu pouvoir remonter à la première place ?

Je me suis levée très tôt, 5h du matin, impossible de me rendormir, j’étais déjà sur l’eau dans ma tête et impatiente que cette journée commence ! Honnêtement, je pense qu’il était quasi impossible de gagner à moins que la Chinoise ne se prenne de grosses bâches ! Mais tout était possible ! Je savais que les deux premières s’étaient déjà faites siffler par le jury alors que moi non, je me sentais plus forte par rapport à ça ! Après, dans ma tête, il m’était inconcevable de descendre du podium donc en fait c’était comme si j’étais dernière, et je ne pouvais que remonter ! Donc je suis partie à fond sur l’eau et dans l’intention de ne faire aucun cadeau !

Sarah dans la brise, au second jour du championnat. Photo : Richard Gladwell.

Au championnat d’Europe 2007 tu étais remonté de la cinquième à la seconde place lors de la dernière journée de compétition. Tu as une nouvelle fois remonté des places le dernier jour, comment travailles-tu ton « mental » ? Quel est ton « secret » pour réussir de très bonnes fins de championnats ?

Comme je l’explique au-dessus, je pense qu’il est toujours plus facile d’être dans une position d’attaque que de défense ! Et ce matin là, j’ai oublié les points qui me séparaient de la 4ème place et je ne me suis concentrée plus que sur les deux filles devant moi. Pour moi, les fins de championnats sont toujours plus faciles à gérer que le début des finales. Mais j’ai beaucoup travaillé cet hiver pour ne pas rater une seule journée et être à fond du début à la fin sans rien lâcher !

D’après toi, quels ont été les moments clés et quels ont été tes points forts tout au long de cette compétition ?

Je me suis battue du début à la fin même sur les manches très difficiles où j’aurai pu prendre plus de points, je me suis battue pour faire des manches correctes et essayer d’avoir le moins de points possibles ! J’avais une super vitesse dans tous les types de temps et sur toutes les amures, cela m’a permis de ne pas devoir me prendre la tête sur la technique, mes réglages, etc. mais de me concentrer sur moi et rien que moi ! Ma grande force a été que je n’avais pas envie d’être gentille avec mes adversaires, je ne voulais pas leur faire de cadeaux, par contre je voulais leur montrer qui est réellement Sarah et prouver enfin que je suis capable de faire un podium mondial !

Même si on imagine que tu vas savourer cette victoire encore plusieurs jours, tu dois avoir les JO en tête et avoir hâte que la fédération donne sa décision. Comment vas-tu continuer à te préparer pour Qingdao ?

Pour le moment je fais la fête et retombe un peu sur terre. J’attends effectivement avec impatience la décision du comité pour pouvoir réfléchir à la suite même si je sais un petit peu comment je veux organiser le temps qu’il me restera avant les JO. Ce qui sera le plus important sur la suite de ma préparation ça va être de gérer cette position de leader que je vais peut-être avoir, d’apprendre à gérer les médias, et de me re-concentrer sur un mental béton pour pouvoir arriver aux JO avec la hargne !

Sarah Steyaert au vent de Xu Lijia, la Chinoise. Photo : Will Calver / Ocean Photography

Tu as beaucoup progressé ces derniers mois et dernières années, quelle est ta recette ?

Il est vrai que j’ai beaucoup progressé et surtout ces derniers mois ! Sur beaucoup de championnats je passais à côté du podium parce que je ratais toujours une journée. J’ai travaillé ce point avec tous les entraîneurs pour réussir à me battre sur toutes les manches ! J’ai aussi travaillé avec Mireille, ma sophrologue, pour apprendre à accepter d’être « une tueuse » sur l’eau, sans pour autant l’être à terre... Apprendre à vouloir gagner ! Cet hiver j’ai mis les bouchées doubles et augmenté mon intensité de navigation et de préparation physique pour être prête en Nouvelle Zélande et ne rien regretter ! J’ai aussi mis ma 3ème année de licence de Mathématiques de côté pour vivre cette expérience car il m’était impossible de faire les deux. Un projet que je ne regrette pas aujourd’hui et que je n’aurai dans tous les cas pas regretté !

Sur un plan plus large, le Laser est une stricte monotypie, préfères-tu te battre à armes égales comme c’est le cas ou regrettes-tu l’absence de recherche sur le matériel ?

Je pense que ce que je vie aujourd’hui sur un bateau d’une stricte monotypie n’est que de l’expérience pour la suite. Avant de faire un bateau à matériel, il est vraiment important d’apprendre à se connaître, d’apprendre à naviguer, à tactiquer, etc. Sur ce bateau je me bats contre moi-même avant de me battre contre mes adversaires. Si jamais je souhaite changer de série et passer sur un bateau à matériel, toutes ces années ne pourront que me servir et je devrais simplement me concentrer sur mon matériel sans oublier bien sûr de naviguer !

Le haut niveau est quelque chose de sûrement très enrichissant, qu’en penses-tu et qu’est ce que ça t’apporte personnellement ?

Le haut niveau est une école de la vie, je le sais depuis un bon moment ! Tous ces moments qu’on vit sont inoubliables ! Mon mental se forge et je suis fière aujourd’hui d’en être arrivée là. Cela ne pourra que m’aider à affronter les obstacles de la vie !

Grand sourire pour un beau titre, Sarah Steyaert accompagnée de Claire Fountaine et Pascal Lacoste. Photo : Will Calver / Ocean Photography

Le mot de la fin ?

Je suis sur un nuage et je ne réalise pas encore vraiment ce que ce titre signifie réellement !

J’aimerai simplement remercier toute ma famille qui a été derrière moi durant toute cette longue période, que ce soit pendant les moments agréables ou plus difficiles. Je remercie aussi mon copain de m’avoir supporté ! Le groupe « En Cours de Root » et toutes les personnes qui sont autour d’eux, le bar « Le Saoufé » à La Rochelle, mon sponsor technique Marine Pool, la ligue Poitou-Charente de Voile et la Fédération. Et je ne serai pas là aujourd’hui sans ceux qui m’ont aidé à construire mon projet, François Le Castrec et François Husson (« Mouton ») ! Je remercie Claire Fountaine et Pascal Lacoste qui étaient présents sur le Championnat du Monde ainsi que Solenne Brain. Merci à toi ma Solenne de t’être donné autant de mal.

Et désolée pour ceux que j’ai oublié, mais vous êtes bien avec moi... Merci !

 

Merci Sarah de nous avoir accordé de ton temps et encore bravo pour cette belle victoire !