Howard Hamlin, soutenu par Harken, s’investit beaucoup à populariser notre sport, et il a le CV adéquat pour y parvenir. Actuellement classé n°1 en 18 pieds australien, Hamlin était à la tête du premier équipage américain à gagner le JJ Giltinan World Championship en 2001 (le Mondial des 18’). Hamlin a un CV impressionnant dans d’autres séries, avec notamment cinq titres de Champion Nord-Américain et un titre de Champion du Monde en 5O5. Il a aussi barré Playstation lors de deux records du monde. Entre pousser les jeunes à naviguer sur des bateaux plus performants et l’extension de la couverture TV des régates, Hamlin a des propositions intéressantes. Lisez son interview et commencez à réfléchir à la voile du futur !
18 pieds australien – Le show dans la brise
Harken : C’est la troisième année que le St. Francis Yacht Club accueille la 18’ Skiff International Regatta. Une régate de 18’ pourrait-elle être organisée ailleurs aux Etats-Unis ?
Howard Hamlin : Le circuit international de 18’ n’a de place que pour une seule régate aux Etats-Unis. Le St. Francis Yacht Club est le meilleur endroit au monde pour naviguer en skiff, avec des conditions de brise spectaculaires, photogéniques et visibles à terre.
Harken : Le championnat NASCAR a prouvé que des courses rapides sur un anneau produisaient de belles images : de la course au contact, et quelques sorties de route. Une bonne régate de skiffs a les mêmes caractéristiques. Comment pourrait-on faire pour avoir la voile de haute performance représentée à une compétition comme les X-Games ?
Howard Hamlin : On ne peut pas comparer la voile avec un gamin qui fait un back flip sur son bicross. Pourtant c’est vrai que le 18 pieds est probablement le meilleur bateau pour une régate au format X-Games.
Plusieurs gars de la TV de Sydney travaillent avec la Classe et ont récemment annoncé un nouveau concept de voile Formule 1 conçue pour la TV : les bateaux seraient monotypes, les régates auraient lieu dans des endroits très ventés avec des parcours raccourcis et plus spectaculaires. Ajoutons-y des portes en milieu de parcours et des bords de travers périlleux. Et pourquoi pas un slalom ?
Harken : Depuis 1938 les régates de 18 pieds sont dominées par l’Australie et la Nouvelle-Zélande. L’Anglais Rob Greenhalgh et toi-même êtes les seuls Champions du Monde venant de l’hémisphère Nord. Pourquoi ?
Howard Hamlin : Ca fait plus de 100 ans que les Australiens naviguent en 18 pieds. De nombreuses années d’expérience plus des régates toutes les semaines leur donnent un énorme avantage. Je suis encore surpris que nous les ayons battus.
5O5 – Le plaisir à l’état pur
Harken : Paul Elvström a dit ceci à propos du 5O5 : « après avoir navigué sur tous types de dériveurs et de quillards, je voudrais vous dire qu’aucun autre bateau n’est capable de vous donner autant de plaisir que celui-là ». Pourquoi le 5O5 provoque-t-il autant d’engouement ?
Howard Hamlin : Le 5O5 est rapide, amusant, évolutif, très fin à la barre et c’est le plaisir à l’état pur quel que soit le vent, de 3 à 30 nœuds de vent.
Harken : Quelle victoire t’a le plus comblé : ton titre mondial en 5O5 ou celui en 18 pieds australien ?
Howard Hamlin : Les deux ont été magiques. La victoire en 5O5 a été fantastique car, bien que nous l’ayons frôlée plusieurs fois, ça nous a pris plus de 20 ans pour enfin l’obtenir. En 18 pieds c’était différent : nous n’avons jamais eu d’objectifs parce que nous n’avions personne avec qui s’entraîner et régater. Alors remporter deux manches d’affilée au Mondial était inimaginable. A ma grande surprise, gagner des championnats du Monde est beaucoup plus gratifiant que je ne l’imaginais.
Harken : Au dernier Mondial 5O5 tu as couru contre ton ancien équipier, Mike Martin, et tu l’as battu de quatre secondes pour accrocher la deuxième place. Jusque ici tu as toujours partagé les informations avec les autres équipages. C’est encore valable avec Mike ?
Howard Hamlin : Mike et moi nous partageons tout et nous ne gardons jamais les infos pour nous. C’est génial de naviguer contre Mike. Il me pousse dans mes retranchements et ainsi il me fait progresser.
Harken : Tu as dit qu’un des défis dans le recrutement de régatiers en 5O5 était que « les meilleurs coureurs adorent le bateau et ne le lâchent pas, les débutants sont frustrés et laissent tomber ». Comment attirer les régatiers sur un bateau comme le 5O5 ?
Howard Hamlin : Emmenons-les faire un tour en 5O5. Les bons jeunes font de super coureurs de 5O5. Si les débutants naviguent avec un cinquocinquiste expérimenté, ils mettront dix fois moins de temps à avoir la speed. C’est facile quand quelqu’un vous montre les réglages.
Les jeunes et le skiff
Harken : Des bateaux comme le 29er ou le Musto Skiff sont parfaits pour amener les jeunes coureurs à naviguer en skiff. Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’efforts faits pour attirer les jeunes vers ces bateaux fun et passionnants ?
Howard Hamlin : Ces skiffs sont rapides, simples, amusants et abordables. Quand j’étais jeune, je prenais mon pied à faire des courses de motocross ; à l’époque la voile c’était lent et pas intéressant. Mais à 21 ans j’ai fait une nav’ d’enfer sur un 5O5 et je suis devenu accro. Et puis il y a quelques années j’ai découvert la poussée d’adrénaline du 18 pieds australien. Avec Mike Martin et Andy Zinn, on navigue souvent en 18’ juste pour le plaisir.
Le futur de la voile
Harken : Quels autres aspects de la voile trouves-tu intéressants ?
Howard Hamlin : J’aime les jauges simples, les « box rules » qui encouragent les bateaux rapides comme les monocoques 60’ Open et les trimarans de 60’. C’est intéressant de voir les maxis prendre des initiatives comme l’adoption des quilles basculantes.
Harken : Pourquoi notre sport est-il si lent à évoluer ?
Howard Hamlin : La voile est un sport coûteux. Au moment où les régatiers ont l’argent, ils sont souvent moins ouverts d’esprit et ont oublié ce que c’était que de s’amuser.
Harken : Que faut-il changer ?
Howard Hamlin : Le choix des classes olympiques devrait bénéficier au sport tout entier, et pas seulement aux intérêts particuliers d’une Classe. Pourquoi ne pas rendre le 470 mixte ? Ce serait amusant et ça pourrait attirer plus de femmes à la voile. Nous avons également besoin de plus de programmes de navigation collective, pour montrer notre sport à plus de gens. La voile universitaire aux Etats-Unis est fantastique, mais les effectifs s’effondrent après les études. Il faut mieux préparer ces jeunes au type de navigation qu’ils rencontreront.
Interview traduite par Martin "Pekul" Péculier.

