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07 déc 2006

Bernard Stamm, seul autour du monde ?

Publié par: Stéphane Dans: Interviews

1 000 milles, c’est l’avance que Bernard Stamm a réussi à prendre sur ses concurrents lors de la première étape de la Velux 5 Océans. Après avoir réussi à passer le premier coup de vent sans devoir réaliser d’escale technique, le suisse a pris une large avance et n’a jamais été rejoint.

Entretien réalisé le mercredi 06 décembre 2006 par notre envoyé permanent en Australie, Stéphane Bourrut Lacouture.
Photos : Copyright Bernard Stamm – Cheminés Poujoulat.

C’est après avoir terminé à la troisième place de la Mini Transat 1995 que Bernard Stamm décide de construire lui-même son 60’ Open, sur plans Rolland. Il débutera ce chantier seul dans le village de Lesconil, au fin fond de la Bretagne. Puis, au fur et à mesure que le bateau prend forme tous les habitants du village viendront l’aider, tantôt pour poncer, tantôt pour stratifier. Le résultat donne un très bon bateau. En 2004, à la suite d’un rodéo à travers l’Atlantique il établit un nouveau record de la traversée entre New York et le Cap Lizard et signe, au passage, un nouveau temps de référence sur 24 heures. Bernard Stamm réalise avec la Velux 5 Océans sa dernière course sur ce bateau construit par ses mains.

Te voici vainqueur de cette première étape de la Velux 5 Océans, comment analyses-tu ta course ?

La course a pris une configuration très particulière après la première tempête que l’on a rencontré à La Corogne. Celle-ci a engendré beaucoup de casse et des concurrents ont été obligés de s’arrêter. Seuls Kojiro (Shiraishi ndlr) le japonais et moi, avons réussi à passer sans escale technique. Lorsque tu t’arrêtes tu as 48 heures de pénalité. Comme c’est une course qui se joue au temps ça laisse de la marge. Les écarts se sont donc vites creusés. Le grand favori de la course était Mike (Golding ndlr). Son bateau est le plus récent, c’est normal. Hugo Boss était un bateau un petit peu plus performant que le mien sur le papier, mais ils étaient tout de même de la même génération. Nos préparations étaient similaires, c’était donc vraiment deux concurrents très sérieux pour moi.

Ils se sont arrêtés dès le début de la course ce qui m’a permis d’avoir de l’avance. Celle-ci a diminué jusque dans l’hémisphère sud car il ne m’était pas possible de les contrôler avec des écarts aussi importants. La météo était plus favorable pour l’arrière de la flotte donc ils ont réussi à revenir sur moi.

La situation a changé à Saint Hélène où j’ai réussi à couper l’anticyclone en deux et à passer au milieu. La porte s’est refermée juste derrière moi ce qui les a obligé à faire le tour de cette bulle de hautes pressions. Les écarts se sont creusés de manière très importantes, en réel : il y avait entre 800 à 900 milles, ce qui est énorme. A cela s’ajoutait la pénalité de temps. Mike et Kojiro ont insisté pour essayer de passer au même endroit que moi. Pour sa part Alex qui était plus derrière a tout de suite fait le tour. Pour moi Alex est celui qui sort le mieux de l’anticyclone et rentre le mieux dans les 40èmes, par rapport à Mike et Kojiro. Du coup ils se sont « tirés la bourre ». Je pense que s’ils ont cassé du matériel, c’est parce qu’ils ont vraiment tiré sur les bateaux.

Ensuite j’ai eu un Océan Indien normal, c’est-à-dire, venté. Par contre, je n’ai pas eu de glace ce qui est appréciable ; du moins je ne les ai pas vu s’il y en a eu… Ce n’était pas exceptionnellement fort mais c’était « bien musclé ». De plus j’avais oublié mes polaires à Bilbao donc j’ai beaucoup souffert du froid.

Avec l’arrêt de Mike et d’Alex (Thomson ndlr) j’ai pu faire une course plus conservatrice en essayant de ménager le matériel, ce que je n’ai réussi à faire qu’en partie car j’ai quand même eu un peu de casse.
C’est désolant que Mike s’arrête, la course va maintenant avoir une configuration très différente.

Génois déchiré à Fremantle
Génois déchiré à Fremantle

Pour toi quels ont été les moments clés ? Après leurs arrêts à La Corogne c’était juste un « déroulé » pour toi, ou fallait-il vraiment être dans le match car il pouvait se passer des passages à niveaux ?

Il y a eu de nombreux moments clés.

Le premier est bien sûr au niveau de La Corogne, cela a créé d’importants écarts. Ensuite il était important de bien négocier tous les passages météos compliqués, il ne fallait pas les rater car 700 milles c’est beaucoup mais c’est relativement peu à la fois. Lorsque j’étais dans le pot au noir il est arrivé qu’ils réussissent à combler 250 milles par jour, cela va vite.

Un autre moment clé pour lequel il fallait vraiment rester concentré était le passage de Saint Hélène. J’ai remarqué assez tôt qu’il y avait la possibilité de prendre un « raccourci » mais il fallait « être dessus » pour ne pas le louper.

Ensuite le Sud reste le Sud, que l’on soit seul ou à plusieurs. Si on n’analyse pas bien les choses on risque de mal négocier une dépression et on peut par exemple se retrouver au près dans une dépression secondaire. Dans tous les cas c’est du vent fort, même lorsqu’il y a 25 nœuds d’annoncés, sous les fronts il faut compter 20 nds supplémentaires. C’est toujours du vent fort donc il faut essayer de ne pas trop jouer.

Tu l’as évoqué tout à l’heure, tu avais oublié tes polaires pour cette première étape. Même si tu n’as pas vu de glace les conditions météos étaient tout de même difficiles, comment as-tu géré le froid ? Qu’est ce que ça a changé dans ton organisation ?

Le principal changement a été que j’étais beaucoup moins à l’extérieur que prévu. Je n’avais pas de vêtements polaires mais seulement des sous vêtements et des cirés. J’avais emmené un bas de polaire en sécurité si les autres étaient trempés. A bord j’avais donc un « baby gros » sans manche et un autre ensemble polaire que j’utilisais pour les manches. Mais j’utilisais ces vêtements seulement à l’intérieur, je me déshabillais pour sortir sur le pont. C’est-à-dire que lorsque j’étais sur le pont j’étais trempé et quand je rentrais dans le bateau j’enlevais les habits trempés et je mettais des choses sèches. Du coup si je devais choquer la grand-voile il fallait que je me rhabille pour sortir puis que je me re-déshabille en rentrant. Je n’avais pas le droit de mouiller mes deux sous vêtement polaires.

Au niveau de l’organisation cela a entraîné un autre changement. En effet, j’ai dormi beaucoup moins que ce qu’il était possible de faire car avec le froid j’avais beaucoup de mal à m’endormir.

Pour la suite de l’épreuve je vais prendre mes polaires et je vais également installer un chauffage. Je vais vraiment m’organiser pour ne pas avoir froid et pour avoir des vêtements adaptés. Lorsqu’on part sur de telles étapes nous ne sommes pas tout de suite dans une situation de froid et de sud ; C’est lorsqu’on y est qu’on se dit qu’on est vraiment comme un blaireau !

Parlons maintenant de la suite de la course. Il reste 5 concurrents mais tu es très largement au dessus des autres (arrivé à Fremantle avec 1 000 milles d’avance), comment vas-tu naviguer sur les prochaines étapes ? Feras-tu comme s’il y avait des concurrents dangereux ou vas-tu plutôt chercher à préserver le matériel ?

Je vais tout de même surveiller les autres concurrents car je pense que c’est une erreur de sous estimer les adversaires, quels qu’ils soient. Kojiro a fait une course propre, son bateau – à ballasts - n’est pas facile à faire avancer correctement, sa trajectoire est propre, etc. De mon côté je ne suis pas à l’abri d’une casse qui peut m’obliger à m’arrêter, il ne serait alors pas si loin derrière.

Mais il est vrai que je vais quand même faire une course plus conservatrice que si j’étais directement en concurrence à jouer dans les mêmes temps que les autres.

Bernard Stamm accueille Kojiro Shiraishi à son arrivée

Bernard Stamm accueille Kojiro Shiraishi à son arrivée

Il reste encore les 2/3 de la course, où vas-tu trouver la motivation pour aller jusqu’au bout ? En te disant simplement que naviguer dans le sud est intéressant pour les prochaines courses ? Malgré tout le respect que je dois à tes adversaires, n’as-tu pas peur de « t’embêter » ?

C’est évident qu’il manque de la compétition. Maintenant comme tu le dis c’est intéressant pour les courses à venir car c’est le meilleur entraînement qui soit.

Je pense que je vais quand même naviguer pour mettre autant de distance que je peux avec les autres concurrents. Les écarts se creusent peut-être parfois rapidement mais ils se comblent généralement beaucoup plus vite qu’on les créé ; on court plus pour ne pas perdre des mètres que pour en gagner.

Sportivement cette course a perdu beaucoup d’intérêt avec les abandons de Mike Golding et d’Alex Thompson, médiatiquement ce n’est pas une réussite - du moins ici à Fremantle où les pontons sont plutôt vides, quel est ton avis sur l’épreuve ?

L’épreuve en elle-même a sa place dans le calendrier ; C’est tout de même une course mythique. De plus, le parcours regroupe de nombreuses difficultés, ce qui le rend intéressant. C’est une épreuve qui manque clairement de concurrents et c’est dommage. Au début cela ne nous était pas présenté comme ça, toujours est-il que nous sommes maintenant seulement 5 concurrents. La course n’aurait pas la même allure si Alex et Mike étaient toujours présents…

Médiatiquement je pense qu’ici à Fremantle c’est un problème de communication, ils doivent promouvoir plus l’évènement. S’ils ne le font pas les locaux ne peuvent pas savoir qu’il y a une course qui arrive ici.

Ensuite je pense qu’en Suisse c’est très suivi et qu’en France c’est pas mal suivi aussi. Je pense que l’intérêt est présent si les gens en parlent et font la promotion de la course. La voile sportive est très développée ici, et je pense que les gens seraient très intéressés par un tel évènement s’ils savaient que ça existait…

Ton futur bateau (Virbac – Paprec 1) est arrivé lundi à Lorient, comment gères-tu les deux bateaux ? Délègues-tu entièrement ou travailles-tu dessus en parallèle de la Velux ?

Xavier – l’un de mes préparateurs – faisait partie de l’équipage pour le convoyage retour de la Guadeloupe après la Route du Rhum de Jean-Pierre (Dick ndlr). Il est également en charge de préparer le chantier et d’y installer le bateau ; le chantier sera à Caen. Nous avons préparé ensemble les grandes lignes de ce qui devait être réalisé. Maintenant c’est lui qui est en charge de gérer les modifications avec le chantier et si besoin à faire appel à l’équipe de Jean-Pierre pour les données techniques.

Cependant nous ne réinventons rien. Nous changeons les couleurs, on fait un relift classique et on va courir avec tel qu’il est actuellement. Pour l’instant ça à l’air de marcher avec Jean-Pierre donc il n’y a pas de raison que l’on change les choses.

Quel sera son programme ?

C’est le programme IMOCA jusqu’au Vendée Globe 2008. Donc l’année prochaine il y a le tour des Iles Britanniques, le Fastnet, Nice – Trapani et la Barcelona Race puis en 2008 nous aurons la Transat Anglaise et le Vendée Globe.

Pour la Barcelona World Race, as-tu choisi ton équipier ?

Non, pas encore. J’ai bien des idées mais je n’ai pas encore arrêté ma décision.

De nombreux 60’ IMOCA neufs voient actuellement le jour, quel est ton avis sur ces nouveaux bateaux ? Même si tu étais en course et que tu n’as donc pas pu voir de près ceux qui ont effectué la Route du Rhum.

Je ne les ai pas vu donc je n’ai pas beaucoup d’avis. Du peu que j’en ai vu je pense qu’ils ont un regain de puissance par rapport à la génération précédente (Virbac – Paprec, Sill, Bonduelle). Cependant je pense que les écarts qu’il y a entre les bateaux neufs, style PRB, et Virbac – Paprec 1 ne sont pas aussi importants que ceux entre Bonduelle et mon bateau actuel. C’est une première impression, mais je suis tellement éloigné que je n’ai pas vraiment d’avis plus précis.

Bien qu’expatrié en Bretagne tu es originaire de Suisse. Quels sont les soutiens que tu as là bas et quel est l’engouement de la population concernant ton projet ?

J’ai tout d’abord deux sponsors en Suisse, la Banque Landolt et les montres Parmigiani. Il y a également une association qui s’appelle « Cap Aventure » qui réunit des gens désireux de soutenir mon projet, ils sont un millier d’adhérents. Ensuite la presse suisse, en règle générale, s’intéresse beaucoup à la course au large : sitôt qu’il y a un coureur Suisse sur la ligne de départ, ils en parlent, c’est très suivi.

C’est de bonne augure pour le développement de la voile en Suisse : entre ton projet et Alinghi qui doivent aussi faire parler d’eux, ce sont deux terrains totalement différents, mais cela doit aider au développement de ce sport dans ton pays ?

Je pense qu’elle a toujours été bien développée. La Suisse n’a jamais été en retard au niveau performances nautiques. Ca ne se voit pas tellement car les gens pensent qu’en Suisse, comme il n’y a pas de mer, ça ne navigue pas. Mais je pense que c’est une grosse erreur. Sur le lac Léman il y a peu de croisières. Ce n’est pas comme en Bretagne ou en méditerranée où il y a des espaces infinis à découvrir. Du coup les navigateurs régatent plus souvent. Je pense que sur la globalité des gens qui ont un bateau sur le lac Léman il y a un bien plus gros pourcentage de gens qui savent régater qu’en France, c’est un état de fait.

Après c’est sûr que la navigation est différente, il n’y a pas de problème de courant comme on peut en avoir en Bretagne ou des problèmes de mer. Ce sont des plans d’eau intérieurs, mais ils sont compliqués car il y a des effets de micro-météo, des vents thermiques, etc. Je pense qu’une fois qu’on maîtrise ça on maîtrise vraiment la régate. Personnellement ça me manque de ne plus naviguer là bas. Je ne le fais plus depuis longtemps car je n’ai pas d’occasion mais c’est une très bonne école.

Sur du plus long terme, qu’envisages-tu de faire ? Continuer le 60′ IMOCA ou t’orienter vers autre chose (maxi multi, autre classe…) ?

Le programme de course jusqu’au Vendée Globe était assez conséquent pour ne pas pouvoir penser à la suite. Nous essayons de trouver un autre sponsor pour boucler le budget, nous avons, pour le moment, peu d’occasions de penser à l’après Vendée Globe.

Et puis ce sont quand même des grandes courses. Il y en a une par an et ça prend déjà tout notre temps. C’est difficile de faire des projets après 3 grandes courses comme celles-ci. On a tendance à les banaliser mais ce sont quand même des tours du monde et nous les alignons, il faudra voir l’état en 2009.

Le mot de la fin ?

Tout d’abord c’est sympa de venir me voir à Fremantle !

Ensuite j’espère que tous les concurrents qui restent en course vont arriver à Bilbao, et qu’il n’y aura pas d’autre casse ou panne.

Merci Bernard pour cette interview. L’équipe de VoileSportive.com te souhaite une bonne continuation.

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  • maxgregg: Allez Mich tu reviendras sur le paquet de tête!! On croit tous au "prof"!
  • Tiketitan: Finalement d'après un membre de l'équipe d'Ericsson, les 650 milles seraient possibles, avec des vagues plus régulières et pour lui, ils ont été
  • Tiketitan: Autant je ne pense pas, d'après les interviews que j'ai pu lire, ils étaient tous au maximum des possibilités des hommes et du bateau, mais ils doi

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