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25 avr 2009

Les catamarans de The Race 10 ans après : Team Philips

Publié par: Baptiste Dans: Course au large

VoileSportive vous propose une série d’articles sur le devenir des maxis multicoques créés pour The Race.La course imaginée par Bruno Peyron avait en effet relancé le concept de maxis multicoques No Limit voici presque 10ans.

Le premier bateau que nous vous présenterons est probablement le  plus emblématique de ce concept No Limit, bien qu’il n’ait pas participé à la course du millénaire…
Dessiné par Adrian Thomson pour Pete Goss, Team Philips était sur les planches à dessin des différents architectes le plus grand catamaran construit pour la course et le plus innovant dans bien des domaines.
En effet, l’architecte et le skipper avaient décidé de s’affranchir de tous les concepts architecturaux existants et de se lancer dans une aventure risquée.

Team Philips à Dartmouth : photographie de Duncan Joint

Galerie Flickr de Duncan joint

L’architecte expliquait à l’époque sa démarche : « J’ai essayé de suivre les leçons de la nature. Vous ne verrez jamais un poisson avec un dos plat ou un goéland avec un paquet de câbles ou de haubans autour des ailes. Tous les oiseaux de vol rapide sont des merveilles d’aérodynamique. Leurs formes sont douces, sans surfaces plates ni angles droits. Team Philips est conçu dans cet esprit. »

Il dessina donc un catamaran de 36,60m de long pour 21m de large, chaque flotteur portant un mât aile (62m²) de 40m non haubané pivotant sur 360° permettant de les orienter bout au vent en cas de fort coup de vent.
Exit aussi la bôme, l’architecte a choisi le principe du gréement de planche à voile en équipant chacun des mâts d’un wishbone, cette solution est cependant coûteuse en poids puisque chaque mât avec sa voile pèse 3,2 tonnes.
Du côté de la plate forme, l’innovation était aussi au rendez-vous avec d’immenses étraves de 14 mètres de type perce vagues non reliées par un bras avant, jugé responsable des chavirages par l’avant des catamarans d’après l’architecte.
La partie habitable du bateau était elle aussi innovante, les coques de Team Philips n’étant pas habitables du fait de l’étroitesse de celles-ci et de l’implantation des mâts sur les flotteurs, l’architecte avait imaginé une cellule placée au centre du catamaran, à plus de 4m au dessus de l’eau.
Autre particularité du bateau, son équipage très réduit : 6 hommes pour le catamaran le plus puissant de la flotte (283t/m) alors que les favoris de la course prévoyaient des équipages de 12 à 14 hommes.

Le concept séduit les médias britanniques et le public qui peut suivre l’intégralité du projet à Dartmouth grâce à une couverture médiatique exceptionnelle et des visites du chantier.
Le bateau sera baptisé par la Reine Elisabeth II en personne en mars 2000 à Londres.

Cependant le concept séduisant montre très rapidement des faiblesses, dès les premiers essais, deux semaines après son baptême, alors que les hommes naviguent dans 25 nœuds de vent, une des étraves se brise, retour au chantier forcé pour l‘équipe et le bateau.
Cette rupture étant due à un défaut dans le nid d’abeille d’après l’architecte, les étraves son renforcées par des membrures circulaires.
Le catamaran est remis à l’eau en septembre, c’est finalement avec seulement quelques centaines de milles au compteur que Pete Goss et son équipage partent en qualification pour une traversée de l’Atlantique Nord  un peu plus de 2 mois avant le départ.
C’est cette fois-ci les mâts qui imposent un retour au chantier, le système de rotation du mât bâbord éclatant.

Nouvelle sortie de chantier mi-novembre, un des équipiers décide finalement de ne pas embarquer sur le bateau jugeant dangereux un tour du monde sur celui-ci.
Cet événement n’émeut pas le reste de l’équipage qui part autour  des iles britanniques au mois de décembre, l’objectif étant de tester le bateau dans le gros temps et de se qualifier pour la course.
Le catamaran subit plusieurs grosses dépressions hivernales dont l’ampleur avait été sous estimée par les prévisions météos,  au passage de la 3ème, le 11 décembre 2000, le skipper prend la décision d’évacuer le bateau après qu’une série de vagues ait frappé la cellule de survie et  ait entraîné l’apparition de  fissures sur celle-ci, de plus ces vagues avaient endommagé le système hydraulique des safrans, bloquant la route du bateau vers le nord ouest, ce qui mettait l’équipage hors de portée des équipes de secours et des routes commerciales des cargos.

Team Philips : the last ride, la vidéo

L’équipage est finalement récupéré par le cargo allemand Hoechst Express qui profite d‘une accalmie pour effectuer le sauvetage des 7 hommes de Team Philips.
Les vagues les plus grosses ont été estimées  à plus de 15m et les vents à plus de 80 nœuds par les météorologues au moment de l‘incident, le bateau est abandonné à 800 milles dans l‘ouest des côtes irlandaises.
Les hommes sont débarquées au Canada à Halifax, commence alors une course contre la montre pour le Team Philips qui espère pouvoir lancer une opération de sauvetage du catamaran. Malgré l’assurance de Pete Goss qui était satisfait du comportement « exemplaire » du bateau dans la tempête jusqu’à l’incident, les balises cesseront rapidement d’émettre, le bateau se disloquera sur  l’Atlantique.

L'épave de Team Philips aux Feroe par Regin Torkilsson

Une partie de l’épave sera repérée au milieu des champs pétrolifères de l’Atlantique Nord et  remorquée aux Feroe, la coque tribord sera aussi remorquée en Islande puis acheminée en Angleterre pour devenir la pièce maîtresse d’une Exposition au National Maritime Museum Cornwall de Falmouth en 2005.

L’épave de Team Philips aux Feroe par Regin Torkilsson

Galerie de Regin Tokilsson

4 Responses pour "Les catamarans de The Race 10 ans après : Team Philips"

1 | olivier

26 avril 2009 à 10:30

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Sans haubans .. pfiouuu, c’est fou ! j’ose pas imaginer les contraintes subies au pied de mât !
Echec de l’archi, mais ça reste un beau bateau !

2 | Baptiste

26 avril 2009 à 19:39

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Les contraintes étaient énormes sur les pieds de mâts, en plus l’absence de haubans entrainaient un mouvement de balancier des têtes de mâts qui n’auraient peut être pas tenu un tour du monde…
Mais je suis d’accord avec toi le bateau était beau, ils ont peut être péché un peu en voulant innover dans tous les domaines, avec des mâts haubanés, comme sur l’Hydraplaneur de Parlier, une structure un peu plus renforcée le bateau aurait peut être tenu….
Juste après la perte du bateau il avait été question d’en reconstruire un en reprenant les mêmes concepts, mais l’idée a finalement été abandonnée.

3 | Pascal

7 mai 2009 à 16:04

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Intéressant article, qui me rappele les prémices de la médiatisation actuelle des évènements nautiques à la voile. Et pas seullement. La volonté d’innover à toute force me fait penser aux années soixante-dix en france au moment où on mettait au point les premiers véritables trimarans océaniques de course pour la Transat (Paul Ricard, les Kriter) ou encore les monocoques géants (Vendredi 13 ou Club méditerranée).

Le seul regret, c’est de voir que l’expérience des ces années de casse ou de réussite n’ait pu profiter à tous.

Quand je vois combien de risques Yves Parlier a pris avec l’Hydraplaneur, je me dis qu’il les a calculé un peu mieux. Le bateau pour innovant qu’il soit, n’a pas été une grande réussite sur le plan des résultats mais il tient la mer. Team Philips était beau et intéressant mais sans doute trop expérimental il a aussi coûté sa carrière à Pete Goss.

C’est intéressant d’observer ce que fait la classe Imoca pour augmenter la fiabilité et la sécurité. Les projets pour la route du Rhum 2010 ou le tour du monde en solo depuis Brest en Multicoque géant me laissent à penser que les erreurs de Team Philps pourraient bien se reproduire.

Actuellement les grand multicoques autour du monde s’appellent en équipage Orange à Bruno Peyron avec le record de 2006, Geronimo à Olivier de Kersauzon pour sa dernière campagne du pacifique, Groupama 3 semble un concurrent très sérieux de même que Banque populaire V à Pascal bidégory. En solo Idec à Francis Joyon, ou encore Sodebo à Thomas Coville. Tous ces projets ont en commun une organisation technique très controlée. C’est ce qui a changé depuis 1999. Mais où est passé l’innovation dans tout ça ?

4 | Guillaume

29 octobre 2009 à 14:22

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l’architecte disait (pour l’histoire) que les premieres esquisses du cannot avaient ete faites sur un sous bock un soir au pub…
dommage il etait vraiment superbe ce voilier, mais trop novateur a des echelles pas maitrisees du tout a l’epoque.

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  • Guillaume: l'architecte disait (pour l'histoire) que les premieres esquisses du cannot avaient ete faites sur un sous bock un soir au pub... dommage il etait v
  • Baptiste: Steve Ravussin fait aussi parti du team Groupama, et pourtant il s'affiche comme pro-Alinghi. Fred Le Peutrec ne fait partie ni de BOR, ni d'Alingh
  • robinson: n oublions pas que Mr Le Peutrec travaille pour Groupama, qui est en Deal avec BOr

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