06 oct 2008
Vincent Lauriot Prévost « Pascal Bidégorry souhaitait un bateau à l’aise dans les mers formées »
Publié par: Stéphane Dans: Course au large| Records océaniques
Groupama 2, Groupama 3, BMW Oracle et maintenant Banque Populaire V. Les architectes VPLP (Van Peteghem Lauriot Prévost) dessinent des multicoques parmi les plus rapides du monde.
Pour mieux comprendre le travail qui a permis d’aboutir à Banque Populaire V, nous avons posé quelques questions à Vincent Lauriot Prévost, l’un des principaux architectes du géant des mers.
VoileSportive.com : Quelle a été la philosophie pour concevoir Banque Populaire V ?
Vincent Lauriot Prévost : Au vu de l’expérience que nous avons et de celle de Pascal et son équipe, la philosophie était de concevoir un trimaran qui aille plus vite que les bateaux qui naviguent aujourd’hui. Ce bateau doit battre les records existants, notamment le Jules Verne et l’Atlantique Nord qui sont les deux plus importants.
VS : Quelles sont les principales différences avec Groupama 3 ?
VLP : Les approches sont différentes et ces deux projets n’ont pas été abordés de la même manière. Pour Groupama 3 nous nous sommes demandés quel pouvait être le plus grand bateau sur lequel on pouvait faire naviguer 10 personnes. Ce voilier est également une extrapolation de Groupama 2 pour lequel venait d’être réalisé une campagne intéressante. Le dernier né des Groupama devait être un bateau très évolutif et très polyvalent pour être particulièrement à l’aise dans les phases de transitions, dans les vents faibles, aux différentes allures, etc.
La conception de Banque Populaire V a également fait appel à nos connaissances des 60’ ORMA mais Pascal Bidégorry souhaitant mettre davantage l’accent sur la navigation dans le sud de manière à avoir un bateau à l’aise dans les mers formées.
L’objectif de Groupama 3 est d’avoir un bateau qui va très vite dans une plage de vent comprise entre 15 et 25 nœuds. Banque Populaire V quant à lui doit pouvoir continuer à aligner de bonnes vitesses moyennes avec des conditions météos plus difficiles, notamment dans les océans Indien et Pacifique.
VS : Banque Populaire est présenté comme un bateau « raisonnable » et toute l’équipe insiste la dessus mais quand on le voit en face de soi il est assez impressionnant de par ses dimensions. Comment avez-vous défini la longueur de 40 mètres ?
VLP : La longueur est presque le dernier paramètre qu’on a défini sur le bateau. Nous avons commencé par définir une puissance, un plan de voilure, des voiles que savent fabriquer les voiliers, des efforts dont on sait qu’ils pourront être maitrisés par des winchs et autres pièces d’accastillage, etc. Nous sommes arrivés à un bateau qui n’est pas très large, seulement 23 mètres. Nous nous étions également fixés un plan de voilure puis, à partir de celui-ci, une masse de bateau pour une largeur donnée. Nous avons ensuite fait tourner nos prédictions de devis de poids. Nous sommes initialement partis sur un bateau qui faisait 38 mètres de long et comme nous avions un crédit de masse, nous l’avons utilisé dans la longueur des coques pour arriver à 40 mètres. En plus 40 mètres est un chiffre qui plait bien à Pascal !
VS : Banque Populaire V est-il un bateau innovant, tant dans sa conception que dans sa construction ?
VLP : Avec Banque Populaire V nous n’avons pas essayé d’être innovants, nous avons plutôt cherché à adapter des solutions éprouvées sur des petits bateaux en les adaptant sur un gros bateau. Les principaux éléments de performance que nous avons transposés des 60’ ORMA sont :
- Le mât basculant, avec la problématique de savoir comment gérer cette bascule avec des tensions de 23/24 tonnes sur les haubans,
- Les foils qui doivent être à la fois efficaces tout en étant résistants,
- La dérive avec son trimer sur le bord de fuite, en sachant le poids supplémentaire que cela représente en fonction du gain que l’on peut avoir.
L’innovation est de réussir à faire en sorte que tous ces éléments qui ne sont pas dédiés à des bateaux de cette taille là et à ces efforts soient cohérents avec le bateau que l’on a dessiné.
VS : Quelle est la plus grande inconnue et les domaines où pourront être réalisés des améliorations ?
VLP : Je pense que la grosse évolution que pourra subir Banque Populaire V concerne le comportement des foils. Le Team Banque Populaire a une approche assez pragmatique, nous allons avoir des capteurs de charge qui vont nous permettre d’avoir des informations chiffrées. Celles-ci, recoupées aux efforts forfaitaires que nous avons utilisés, devrait nous permettre d’en tirer des enseignements pour optimiser le rendement de ces foils.
La stabilité générale du bateau n’est pas quelque chose qui m’inquiète. Nous avons vraiment tout ce qu’il faut pour une bonne stabilité longitudinale. Le bateau n’est pas très large mais je pense qu’en équipage ce n’est pas un problème car on arrive bien à gérer la stabilité transversale lorsqu’il y a du monde sur le pont, le problème est lorsque le bateau est sous pilote automatique ce qui ne sera pas le cas de Banque Populaire V.
Outre les foils, le champ d’optimisation sera peut-être le plan de voilure. Aujourd’hui on peut considérer qu’il est un peu sage et avec de l’expérience et le retour dont on disposera nous pourrons peut-être passer à un gréement un petit peu plus grand.
Merci à Vincent de nous avoir accordé de son temps pour nous en dire plus sur les grands trimarans océaniques.
Photos © Banque Populaire



