26 oct 2007
Windy Fastnet, le récit d’un équipier sur First 40.7 (2/5)
Publié par: Stéphane Dans: Carnet de bord
Après avoir été repoussé une fois tant les conditions météo étaient dantesques, le départ du Fastnet va enfin être donné. Les concurrents s’apprêtent à connaître des conditions très rudes particulièrement pendant les deux premiers jours de course. Ils ont néanmoins pu profiter d’un jour de plus pour se préparer et mieux appréhender leur navigation.
Texte et photos : Ken Relecom.
Lundi 13, le départ
« Le réveil fut dur. Difficile de bien dormir, partir pour une Fastnet ce n’est pas comme aller chercher le pain au coin de la rue, c’est assez intimidant. Surtout quand les bulletins météo sont estampillés force 8.
Déjà à Hamble, ce matin, ça soufflait fort et le solent a déjà du clapot. C’est pourtant un bras de mer bien protégé, mais le vent vient de face droit dans l’axe entre les Needles et Cowes et les vagues viennent avec.
Sur le chemin de Cowes, dernier briefing avant le départ. Dernier rappel aussi concernant les consignes de sécurité. On vérifie tous que l’on sait où se trouvent les bouées lumineuses et la balise GPS flottante en cas de MOB (Man Over Board, homme à la mer). On répète le Mayday à la radio mentalement. Il y a plus rassurant avant un départ, mais ce sont des procédures qu’il est bon de connaitre au cas où…
On arrive devant Cowes. 300 bateaux (ou plutôt 271, certains ont décidé de ne pas partir), même en plusieurs départs, ça fait du monde sur l’eau.
Puis c’est le début de la procédure de départ…
Il y a très peu de place entre les bateaux, on passe à un ou deux mètres les uns des autres. Benoît, le bowman, est devant, et Mehdi, le tacticien, nous crie le temps et la route depuis la table à cartes. Les bateaux s’amassent le long de la ligne, prennent de la vitesse… On se fait couper la route, trois fois. Pourtant, on avait priorité. Manoeuvres d’évitement in extremis, il y a un autre bateau sur bâbord qu’on évite de justesse…
On crie “Protest” (réclamation) à Incognito, cet autre First 40.7 qui nous a coupé la route. Il a vraiment gêné notre départ. Résultat, difficile de se dépêtrer du peloton dense de bateaux qui essaient de sortir du Solent avec le vent dans le nez.
Heureusement, on trouve vite de bons réglages et on fait le pari de partir plus toilés que les autres en montant le génois N°1 lourd plutôt que le petit solent comme le font nos adversaires. Dans le Solent, le clapot n’est pas trop fort et notre coup de poker paie : on remonte assez vite à l’avant.

Après le départ, au près. Copyright photo : Carlo Borlenghi / Sailing Scuttlebutt.
On voit passer les “gros” : ICAP Leopard, Alfa Romeo, et les 60 pieds Open. La quille pendulaire d’Artemis sort parfois de l’eau… Impressionnant !
La marée monte, donc le courant principal de 2 noeuds est contre nous, tout comme le vent. Nous passons enfin les Needles après quelques virements physiques au plus près des côtes pour profiter des contre-courants. Je suis à l’embraque, et ça winche dur. Plus de 25 noeuds dans le Solent avec un gros génois à recouvrement à ramener, ce n’est pas de tout repos. On s’est fait un peu peur à un moment, lorsque le profondimètre indiquait zéro mètres sous la quille. Le Solent peut être traître avec ses bancs de sable disséminés un peu partout… On sort parmi les premiers, bien joué. On monte maintenant au près vers la prochaine étape, le Cap Lizard. Tout le monde sur le bateau est attaché. Inutile de prendre des risques, surtout en voyant les vagues qu’on se prend.
On est maintenant dans la Manche. La mer est plus grosse, plus formée, deux groupes de vagues convergent sur le bateau à 45° l’une de l’autre, un parallèle au cap et l’autre en plein travers. Autant dire que les conditions sont loin d’être amicales.
Il est 15h. On va enfin pouvoir déjeuner. Au menu, nous avons du poulet froid, du fromage, des chips et du pain. Je regrette un peu d’avoir laissé la responsabilité de ce repas à un autre, ce qu’on mange est moyennement équilibré et bien trop gras. Je prends une pilule contre le mal de mer, mieux vaut prévenir que guérir.
Matt, mon voisin de rail, commence à être malade. Il a fait le choix de la médecine alternative pour lutter contre le mal de mer, et manifestement ses pilules homéopathiques ne sont pas très efficaces. Je lui donne un cachet. Lui qui faisait tant le fier ce matin en disant qu’il n’avait jamais été malade sur un bateau… Il descend s’allonger.

Des conditions difficiles pour débuter cette Fastnet Race 2007.
Nous changeons la voile d’avant pour un Solent (Génois n°3). Il y a trop de vent pour le gros N°1 à recouvrement, et surtout trop de vagues, trop d’eau verte.
Quelques virements remplissent une après-midi sans histoire. Des vagues font entre 5 et 8 mètres de haut et s’abattent autant sur le bateau que sur l’équipage, nous secouant et nous rinçant. Le vent monte jusqu’à 35 noeuds. C’est dur. Et dire que le vrai gros temps viendra cette nuit et demain… Ca promet.
Ce soir, on mange des pâtes au four et le reste du poulet froid.
Directement après le repas, c’est mon heure, je vais dormir. Bien entendu, il y a deux heures prévues pour le repas. Je suis “off” à partir de la seconde, et comme je suis le cuisinier du bord, je perds quasi systématiquement ma première heure de sommeil pour préparer le second service (nous sommes 10 à bord et il n’y a qu’un petit four). La deuxième heure est tout de même bienvenue.
Réveil à 23h, la nuit est tombée. Je suis équipé et sur le pont à 23h15, les dents brossées et la toilette faite. Je reprends une pilule contre le mal de mer, prévention toujours. La grosse veste de quart est sur mon dos.
J’aime ma grosse veste de quart, j’en suis même amoureux en ce moment. Je la remercie de me protéger des vagues d’eau froide qui nous tombent parfois directement dessus… Les plus puissantes sont si violentes qu’en s’écrasant sur le pont au vent (qui est pourtant haut vu la gîte du bateau) elles arrivent à nous soulever du pont. On s’accroche alors à ce qu’on peut. On a beau être attachés au bateau, ça fait peur de ne plus sentir le pont sous ses fesses…
nous passerons la nuit à osciller entre le génois N°3 en 3DL et le N°4 orange vif en Dacron selon les conditions. Le N°4 a le mérite d’avoir un point d’écoute haut, ça facilite l’écoulement de l’eau hors du pont ce qui, au vu de la taille des vagues, est une bonne chose. Souvent, l’étrave disparaît complètement sous l’eau.
Je suis surpris, il fait relativement doux. Je pensais qu’il ferait encore plus froid que lors de la Cowes-Dinard en avril, mais il fait bien plus chaud. Forcément, vu les conditions, on un peu de mal à se souvenir qu’on est en Août…
A 4h30, je reprends deux heures de sommeil. Au réveil, il fera jour. »
La suite prochainement…