VoileSportive.com

28 oct 2007

Windy Fastnet, le récit d’un équipier sur First 40.7 (3/5)

Publié par: Stéphane Dans: Course au large| Fastnet

Notre équipage a pu se sortir habilement d’un départ où vent et courant venaient contre la flotte. Une première journée au près dans un vent autour de 35 noeuds et des creux de 6 à 8m n’entame pas le moral d’une équipe bien préparée. Les changements de voiles se succèdent pour faire marcher au mieux le First 40.7 qui navigue dans la nuit droit vers le Cap Lizard.

Texte et photos : Ken Relecom.

Mardi 14

« Réveil à 6h30.

Au menu, une nouvelle journée de gros temps au près.
Je sors sur le pont. Les vagues sont encore plus grandes que cette nuit et le vent monte jusqu’à 40 noeuds avec des pointes à 45. On oscillait entre un et deux ris sur la grand voile pendant la nuit, mais à présent, les conditions dictent clairement le choix des deux ris, avec le N°4 à l’avant. Je me sens bien, reposé, je sens que j’ai “du jus” pour aujourd’hui.

Depuis le début de l’année, j’ai beaucoup travaillé le physique. Je viens du 470 et j’avais plutôt un gabarit pour dériveur en arrivant à Southampton. 4h de natation par semaine en moyenne, 40min de vélo par jour (je fais tous mes transports en vélo), avec en plus des sessions d’haltères, d’abdos et de pompes de temps à autre. Je suis en forme, je winche sous 30 noeuds comme je winchais sous 15 noeuds en début de saison… Et pour le moment, je tiens plutôt bien la distance pour cette Fastnet.

Le petit déjeuner d’aujourd’hui consiste en des barres de céréales, un bout de cake et une pomme. On en a acheté pour un régiment, de ces barres de céréales. Ca remplit bien l’estomac et ça se mange facilement dans la pire des tempêtes… La nourriture parfaite du marin en course.

Je prends une pilule contre le mal de mer, au cas où. Vu la manière dont le bateau bouge, ce n’est pas le moment d’être malade. Il faut pouvoir réagir au cas où.

La mer est superbe. Les vagues sont énormes, impressionnantes, aggressives. Elles s’abattent sur nous sans arrêt. C’est dur, c’est vraiment dur, mais qu’est-ce que c’est beau!

Je suis à l’avant du rail, donc le premier à recevoir la vague. A bord, on a deux “acrobates” qui se partagent les postes de numéro 1 et numéro 2 lorsqu’ils sont tous deux debout. Le reste du temps, souvent, je sers de numéro 2 et vais me faire rincer à l’avant lors des manoeuvres.

Le vent faiblit un peu et nous allons donc repasser sous N°3. On lâche un ris sur la GV? Pas pour le moment, on verra comment ça évolue.

Un des éléments agréables lorsqu’on navigue sur Philosophie, c’est la discussion. Chacun réfléchit à comment mieux faire marcher notre fier destrier. Les réflexions sur les réglages et les changements de voile se font en collégialité et avec un bon esprit. Ainsi, chacun apprend de l’autre. De plus, l’équipage reste alerte ce qui permet de réagir plus vite lorsqu’un changement de réglage est nécessaire. Parler des réglages rompt quelque peu la monotonie de la traversée… Enfin, si on peut appeler les douches froides régulières des vagues de la Manche et de la mer d’Irlande de la monotonie.

La visibilité est mauvaise, nous n’avons aucune idée d’où se trouvent les autres bateaux. Pour le moment, on fait notre course, en essayant de ne rien casser.

Vers midi, on apprend que la moitié des bateaux ont abandonné, y compris celui qu’on croyait être notre plus dangereux adversaire en IRC1: Pen Azen, un J122 breton qui possède un rating ridiculement bas par rapport à sa vitesse.

Pen Azen est au port. On est dans les prétendants à la victoire en IRC1…

Midi arrive. Le repas d’aujourd’hui, c’est knacki et riz, à nouveau un repas “sous-traité”. Là encore ce fut une erreur, presque tout le monde ayant eu du mal à les digérer, moi compris. Cet après-midi je suis malade pour la première et seule fois du voyage. La pilule n’y pourra rien. Je n’aurai été malade qu’une heure, mais je me sens vidé de mon énergie. Moi qui me sentais si bien ce matin !

Les vagues sont toujours là, écrasantes, encore plus fortes qu’avant maintenant que nous sommes dans la mer d’Irlande. Elles se jettent sur le bateau comme un chat sur un bout de steak. Mais cette fois-ci, je me sens plus faible, je sens leur pression sur mon dos jusqu’à la douleur. C’est dur…

Les dauphins de la mer d\'Irlande. Copyright Photo : C&H Sailing Ltd.

Les dauphins de la mer d’Irlande. Copyright Photo : C&H Sailing Ltd.

Un groupe de dauphins vient jouer avec nous. Ils semblent vraiment petits, peut-être 1m50 de long… Ils sautent de la crête des vagues, filent sous l’eau, sautent encore, parfois en formation… Pour eux les conditions dantesques ne sont qu’une excuse de plus pour s’amuser. C’est un spectacle magnifique… J’en oublie la fatigue. Ils resteront avec nous une bonne partie de la journée.

Il est 20h. On prépare, puis on mange le repas. Ce n’est pas simple de cuisiner lorsque le bateau bouge autant, même s’il s’agit simplement de mettre et enlever des barquettes du four! Je suis attaché à la cuisinière et à la descente. Je cuis du pain, puis réchauffe le gratin de pâtes au poulet. On finit avec une pomme et un bout de cake. Ce repas m’a fait du bien, je me sens nettement mieux. Je vais tout de même profiter de mon quart “off” pour dormir une heure et demie.

Je reviens à 23h15. Direction le rail. Je me mets vers l’avant, l’énergie est revenue et je me sens suffisamment bien pour protéger un peu mes camarades qui sont sur le pont depuis quelques heures, se faisant rincer par des vagues toujours aussi agressives.

Une vague plus grosse que les autres vient s’écraser contre le haut du pont alors que nous sommes bâbord amures. Je suis second sur le rail, contre le chandelier. La vague nous soulève, pousse vers la poupe du bateau, plaque mon voisin contre moi qui m’écrase contre le chandelier. Je sens ma jambe gauche happée par l’eau, poussée en arrière.

Douleur vive, je crie.

Mon genou se tord et ma cuisse est littéralement écrasée contre le chandelier. Je ne sens plus le pont sous moi.

La vague redescend, mais restent deux douleurs comme des coups de poignards dans la jambe gauche, à la cuisse et au genou. Je signale à Nicolas, le skipper, que je ne peux pas me déplacer rapidement en cas de manoeuvre.
Manque de chance, on doit virer et on manque de monde. Je me mets dans le cockpit et m’y attache, et me mets au winch sous le vent prêt à embraquer. Heureusement, je n’aurai pas de déplacement rapide à faire vu que je suis déjà sur le winch avec la contre écoute en main.

On vire. Ils choquent, je ramène, vite au safetailing puis il faut mouliner. Je sens la douleur dans ma jambe gauche sur les appuis, mais ce n’est guère le moment pour s’attarder dessus. Il faut ramener la voile. Régler.

La mer d\'Irlande est déchaînée. Copyright Photo: C&H Sailing Ltd.

La mer d’Irlande est déchaînée. Copyright Photo: C&H Sailing Ltd.

Heureusement, par 40 noeuds de vent établis, il n’est pas difficile de relancer le bateau… Le réglage est bon et je remonte au vent. Je retourne sur le rail, cette fois-ci à l’arrière. J’ai besoin de souffler, ma jambe me fait mal. Je vais laisser aux autres le soin de se prendre quelques vagues et de me protéger un peu. Une autre bande de dauphins vient faire la course avec l’étrave, ça me remonte un peu le moral. On les voit bondir de l’eau, le plancton scintillant autour d’eux. C’est tout simplement Magnifique.

On finit la nuit sous deux ris et N°4. Ca me semble un peu trop conservatif, mais j’ai mal et donc je ne bouge pas, je n’ai aucune envie de courir à l’avant changer la voile vu l’état de ma jambe. Pourtant, à 4h30 quand je vais me coucher, je sens que le vent a faibli. Mais j’ai mal et je suis fatigué. Les conditions de cette nuit ont été extrêmement dures. Il me semble qu’il faut changer la voile d’avant et lâcher un ris, mais je me dis que ce sera aux autres de le faire, c’est mon heure, je vais dormir.

C’est fou comme la fatigue et la douleur rendent égoïste. »

La suite prochainement…

Aucune Responses pour "Windy Fastnet, le récit d’un équipier sur First 40.7 (3/5)"

Laisser un Commentaire


  • Franck: Bonjour, j'ai le même projet sauf que je prévois une nacelle suspendus. Je suis en train de solliciter plusieurs archi. A deux c'est plus facile
  • Franck: Je me lance dans la construction d'un bateau de croisière rapide sur le même principe. Sans nacelle suspendue au milieu, juste une plateforme à)1 m
  • Cavarec olivier: plein de bonnes choses pour ce bateau et à toute l'équipe.

À propos

Ceci est la partie "À propos", Vous pouvez éditer ce texte afin d' y mettre des infos sur vous où sur votre site .