VoileSportive.com

31 oct 2007

Windy Fastnet, le récit d’un équipier sur First 40.7 (4/5)

Publié par: Stéphane Dans: Carnet de bord

L’équipage a connu une journée harassante le mardi, contemplatif de la beauté dantesque des éléments qui s’abattent sur les hommes et le matériel mais où les dauphins batifolent avec légèreté. Les paquets des mer qui arrivaient sur le pont ont provoqué quelques chocs et traumatismes qui usent les marins aguerris même bien préparés. Le First 40.7 avance dans 40 noeuds établis, la navigation suit son cours au rythme des prises de quarts, des repas et des changements de voiles. Les nouvelles du PC courses sont étonnantes: c’est l’hécatombe en mer d’Irlande et beaucoup de bateaux ont déjà abandonné. TFS Philosophie IV a perdu un de ses concurrents directs, le podium est plus ouvert que jamais!

Texte et photos : Ken Relecom.

Mercredi 15

« 6h30. Debout.

J’ai dormi habillé, au cas où on aurait besoin de moi sur le pont. Je passe mon pantalon de ciré, mes bottes, ma veste de quart. Une petite toilette à coups de lingettes, puis direction le four, que j’allume. Et je suis sur le pont. Deux barres de céréales englouties, une pomme, un coup de brosse à dents et je redescends. Je glisse du pain au four, les autres auront droit à un vrai petit déjeuner. On a même prévu du Nutella.

Je remonte. La mer est moins forte, le vent aussi. 25-30 noeuds de vent, vagues de 4-5m. On doit être dans l’oeil de la dépression. Pourtant, on est toujours sous deux ris et N°4. Il me traverse l’esprit qu’on a dû perdre du temps cette nuit. Ce serait dommage, au coucher du soleil on était dans le peloton de tête en IRC1.

Le sommeil m’a fait du bien. Je teste ma jambe avant d’aller sur le rail, ça fait encore un peu mal mais ça tient. Je m’assieds, remue mes jambes, boxe un peu dans le vide. Il faut réveiller les muscles, on peut en avoir besoin à tout moment.
Je remarque que nous ne sommes que cinq sur le pont, ça fait deux personnes de trop en bas. Etrange. Et ça aussi, ça nous ralentit.

La fatigue commence à se faire sentir après deux jours de près dans des conditions plus qu’hostiles. Le retour des dauphins fait du bien. Impossible de se lasser de leurs jeux.

La mer d’Irlande est magnifique. Dure, très dure, mais superbe, avec ses vagues à crêtes moutonnées, ses dauphins… Et les côtes irlandaises qu’on commence à apercevoir. De fines lames blanches coiffées d’un profond vert émeraude, au loin. Des falaises de calcaire surmontées de prairies…
Après plus d’un jour sans voir la terre, cette vue me rassure un peu. Je viens du Léman, je n’ai pas l’habitude de ne voir que la mer et l’horizon…

Le mythique rocher du Fastnet est en vue !

Le mythique rocher du Fastnet est en vue !

L’échauffement était utile. On va virer, et des cinq qui sont sur le pont, il y a un barreur et un malade. Nous ne sommes donc que trois à être opérationnels pour la manoeuvre. Heureusement que les conditions sont un peu moins musclées que précédemment. Andrea prend la GV, Pierre choque et je reprends et règle le génois. Puis Nicolas remonte et on change de voile d’avant. On repasse au N°3 et on lâche un ris. On reprend de la vitesse…

Matt est toujours malade, il aura passé la quasi entièreté des deux jours couché au fond de la cabine. Lors de ses courtes escapades sur le pont, il n’a cessé de râler. “Qu’est-ce qu’on fout là, bordel”. “On peut pas faire une escale?”. “J’en ai marre!”… Le tout accompagné de combinaisons de jurons plus ou moins fleuris. Mais mon moral tient bon, c’est tout juste si je l’entend se plaindre. Le spectacle devant moi est trop beau pour prêter attention à quoi que ce soit de négatif. Même la douleur dans ma jambe semble disparaître.

Ce midi, on mange une salade de riz. Pas de cuisine à faire! Et peu après, on arrivera au Fastnet. Enfin. Ensuite, on sera au portant. Il fera plus chaud et il y aura moins d’eau sur le pont. Ce sera nettement plus doux pour les organismes. On a tous hâte d’y être.

Petit pointage position, on est troisièmes en IRC1 derrière Scarlet Oyster et Jaguar Logic, qu’on voit au loin, une grand voile blanche et un solent noir.

Scarlet Oyster est un Oyster 48. Ils font 8 pieds de plus que nous et ont… un millième de MOINS que nous en rating! C’en est ridicule. Surtout que les 8 pieds en plus, dans une mer formée, présentent un énorme avantage. Pourtant ils étaient derrière nous avant la nuit.

Mais plus maintenant.

Jaguar Logic, eux, ont un équipage composé pour moitié de professionnels. Ils ont beau être sur un reflex 38, qui devrait marcher un tout petit peu moins bien que nous au près, leur bateau est superbement bien préparé. Et des pros à bord, ça évite les passages à vide comme celui que nous avons eu cette nuit…

Moi je vais me coucher, c’est mon heure.

Le Fastnet est dépassé, la route du retour commence.

Le Fastnet est dépassé, la route du retour commence.

Quand je me réveille, on s’éloigne déjà du Fastnet. Je passe mon ciré en vitesse et monte sur le pont. Bizarre, les autres sont partis à l’ouest et nous pas. Je pose la question du pourquoi au navigateur, pas de réponse. De toute façon, je suis encore à moitié endormi.

Dix minutes plus tard, on reçoit un sms de la petite amie de Jérôme, un de mes camarades trimmers. “tiens, vous allez pas vers la bouée comme les autres???”

Le navigateur va enfin vérifier la route. Retour express vers la bouée et donc retour au près.

Retour en mode plaintif de Matt aussi, qui semblait momentanément avoir retrouvé des couleurs pendant les 20 minutes de portant.

Au total, cette mésaventure nous aura coûté 1h30 et trois places au général. Mais nous sommes toujours à la troisième place en IRC1.

Il faut se remotiver, préserver le résultat et même essayer de revenir sur Jaguar Logic. L’huitre est trop loin, impossible de la reprendre à la régulière, surtout avec sa toile et ses 8 pieds en plus. Mais le matou semble prenable.

On passe la bouée et on monte le spi. Tout le monde est remotivé, et on a passé la marque et lancé la voile comme si on était en régate entre trois bouées.

 Après de longues heures de près, ça fait du bien de pouvoir envoyer le spi !

Après de longues heures de près, ça fait du bien de pouvoir envoyer le spi !

Je passe du piano, que j’ai pris pour la manoeuvre, à l’écoute de spi. Je passerai l’après-midi entre le brin et le winch, sans cesse attentif à garder le spi le mieux réglé possible. On a beaucoup de retard à rattraper.

 Ken, au bras, dans le cockpit sous un soleil revenu. Andrea est à l\'écoute de spi. Il faut constamment surveiller le réglage du spi...

Ken, au bras, dans le cockpit sous un soleil revenu. Andrea est à l’écoute de spi. Il faut constamment surveiller le réglage du spi…

Il faut faire attention, notre spi lourd est vieux et on est en haut de sa plage de fonctionnement. S’il claque trop, il explosera. On surborde un peu pour le stabiliser, la houle est forte. On part un peu au surf, mais l’orientation des vagues n’est pas idéale. On a du mal à bien les prendre.

Vu les conditions, pour éviter d’avoir une bôme qui passe d’un côté à l’autre du bateau lorsqu’on passe les grosses vagues, on a posé une retenue de bôme. C’est un bout qui attache la bôme au taquet d’amarrage derrière le hauban.

En début de soirée, on commence à sortir de l’oeil de la tempête, le vent forcit et la mer aussi. Mauvaise nouvelle, Jaguar Logic maintient l’écart. Il s’éloigne même un peu de nous… Pourtant, le sigma 38 devrait avoir des performances semblables au 40.7 au portant… Etrange.

On apprendra plus tard qu’ils ont ajouté un spi de Farr 40 à leur garde robe… Et ça ne leur a coûté qu’un millième en rating.
Idée de génie.

Une grosse vague arrive, le bateau fait une embardée. La retenue de bôme fait son office, mais la bôme a tout de même bougé assez violemment. J’étais au winch de l’écoute de spi, et ma main droite s’est retrouvée pincée entre l’écoute et le bastingage. Un gros bout de peau s’est arraché sur deux de mes doigts.
Je descends me panser la main. Merci petite trousse de secours que j’emporte partout! Puis je prépare à manger. Ce soir c’est lasagne. J’engloutis ma portion, et au lit.

Au réveil, j’observe qu’on a affalé le spi et qu’on est sous N°3. le vent le justifie. Malheureusement, sans spi, sans essayer d’aller au-delà des limites du bateau, impossible d’espérer rejoindre Jaguar Logic. Tant pis. Je suis trop fatigué pour discuter les décisions du skipper, et ça ne servirait de toute façon à rien.
Ma main me fait mal, l’eau salée refuse de laisser cicatriser la plaie. Au moindre mouvement, ça se rouvre.

Je somnole dans le cockpit jusqu’à 4h30, puis je retourne dormir deux heures. »

La suite prochainement…

Aucune Responses pour "Windy Fastnet, le récit d’un équipier sur First 40.7 (4/5)"

Laisser un Commentaire


  • maxgregg: Allez Mich tu reviendras sur le paquet de tête!! On croit tous au "prof"!
  • Tiketitan: Finalement d'après un membre de l'équipe d'Ericsson, les 650 milles seraient possibles, avec des vagues plus régulières et pour lui, ils ont été
  • Tiketitan: Autant je ne pense pas, d'après les interviews que j'ai pu lire, ils étaient tous au maximum des possibilités des hommes et du bateau, mais ils doi

À propos

Ceci est la partie "À propos", Vous pouvez éditer ce texte afin d' y mettre des infos sur vous où sur votre site .